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L'apprentissage ou une maturité fédérale? «Un débat stérile!»

Que choisir ?

Apprentissage contre maturité. Ce débat resurgit régulièrement, entre une Suisse alémanique encline à favoriser la formation professionnelle et des Latins davantage tournés vers les écoles. Pour connaître les perspectives d'emploi et de salaire des uns et des autres, Maïlys Korber et Daniel Oesch ont analysé les données de l'Enquête suisse sur la population active de 1991 à 2014. Daniel Oesch, professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l'Université de Lausanne, répond à nos questions.

L'économie critique parfois le?fait que le taux de maturité est élevé en Suisse romande. Elle estime que les jeunes ne sont pas préparés au monde professionnel. A raison? Si l'on regarde les données du marché du travail, cette crainte n'est pas justifiée. Le taux d'emploi des personnes qui ont obtenu une maturité est élevé. Même s'ils ne mènent pas d'autres études, ces gens trouvent du travail dans les services ? la finance, les assurances, les médias... Et, durant leur carrière, la progression de leurs salaires est bonne.

Les milieux académiques, eux, mettent en garde contre l'apprentissage qui risque d'enfermer un jeune dans un métier dont l'économie a besoin à un moment donné, mais pourrait se révéler obsolète dans vingt ans. Là encore, les données montrent que le taux d'emploi des gens qui ont obtenu un CFC est élevé durant toute leur carrière. Ces personnes ne sont pas plus nombreuses à être au chômage, même après 50?ans.

Est-ce lié au fait qu'elles bénéficient d'une bonne formation continue? Nous savons relativement peu de choses sur la formation continue en Suisse, mais un autre élément est probablement important. Plus de la moitié des personnes qui ont suivi un apprentissage travaillent à terme dans un autre métier. Cela montre qu'il y a une grande mobilité entre les secteurs et que les gens ne sont pas enfermés à vie dans leur profession.

Et, au niveau des salaires, quel?est le bilan? La maturité offre de meilleures perspectives. Dès l'âge de 30?ans, ces diplômés (ndlr: même s'ils n'ont pas fait d'autres études) sont mieux payés que ceux ayant suivi un apprentissage. Il est possible que cette évolution moins intéressante, dont les jeunes et leurs parents ont conscience, explique le fait qu'il est difficile de trouver des apprentis dans certaines branches. Si on veut revaloriser ces formations, il faut se pencher sur cette question plutôt que de mener un débat stérile contre la maturité ou de restreindre l'accès au gymnase (ndlr: collège, à Genève).

Justement: cette question salariale ne dépend-elle pas de l'apprentissage choisi? Il y a en effet des différences d'une branche à l'autre. Mais, quel que soit le secteur, les perspectives salariales, vers 35-40?ans, des personnes qui ont suivi une formation professionnelle sont inférieures à celles des gens qui ont obtenu une maturité. C'est particulièrement vrai pour les femmes.

Quels conseils donneriez-vous aux politiques et aux?jeunes? Ces résultats montrent que, pour avoir de bonnes perspectives professionnelles, il faut suivre une formation de niveau secondaire II ? que ce soit un CFC ou une maturité. Ensuite, je conseille aux jeunes de faire ce dont ils ont envie. Et de ne pas trop se crisper sur ce choix. Le système d'éducation helvétique a beaucoup amélioré sa perméabilité ces dernières années; il offre des passerelles pour passer d'une formation à une autre.

En Suisse, l'objectif est que 95% des jeunes obtiennent un diplôme du secondaire II. C'est une bonne chose. En effet, les personnes qui rencontrent de vrais problèmes sont celles qui n'ont aucune formation postobligatoire. Et c'est sur cette petite proportion de la population qu'il faut concentrer les efforts.

La majorité obtient un diplôme d'une université ou d'une haute école. A ce niveau, certaines branches offrent-elles de meilleures perspectives? Les données de l'Office fédéral de la statistique apportent une réponse. On pense souvent que les perspectives professionnelles sont moins bonnes pour ceux qui étudient les sciences humaines et sociales. En réalité, les sondages effectués un an et cinq ans après leurs études montrent que ces diplômés ne se distinguent pas de ceux des sciences techniques, ni au niveau du taux de chômage ni?au niveau des salaires.

 

(Source 24 heures)

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